Parlons un peu futilités et pétasseries, voulez-vous ?
Le jour où je suis entrée pour la première fois dans cette boutique, il y a cinq ans environ, j’aurais nettement mieux fait de me casser une jambe (quoique, je serais certainement assez dingue pour m’y rendre à cloche-pied aujourd’hui). Je fus immédiatement touchée par la grâce, quelque chose d’émouvant m’envahit, une excitation débordante et enivrante, une sensation indescriptible, je ne me l’explique toujours pas aujourd’hui…Mais j’ai tout de suite su, au fond de moi, que c’était mal, que j’allais y laisser mon âme.
Ce fut le cas.
Vous me direz que c’est cher pour ce que c’est, que les vêtements sont fragiles, que c’est un peu simplet en fait, qu’il faut faire vraiment gaffe au lavage, que tout le monde se retrouve avec les mêmes pièces sur le dos. Je vous l’accorde. Tout cela, je le sais bien. Ma raison le sait bien. Mais malgré tout, par l'odeur de la soie alléchée, quand je flaire la vitrine du magasin, quand mon œil de faucon balaie ces portants parsemés de petites merveilles irrésistibles, ma raison, elle, reste sur le seuil.
Rien ne peut alors me retenir, je suis une bête assoiffée de cachemire, vorace de ces coupes impeccables, avide de ces non-couleurs pourtant si originales…Je ne sais plus qui je suis, j’oublie que je n’ai pas le budget adéquat, que ma carte ne passera pas, que j’ai l’EDF à payer d’urgence, que j’ai déjà ce pull dans une autre couleur…Plus rien d’autre n’a d’importance, plus rien ne compte.
Je ne suis qu’un faible instinct avec un sac à main.
Je fais donc un chèque.
J’appelle l’EDF pour payer en deux fois.
Et je range ma pitance dans mon placard.
Je suis repue.
Mais ils me rattrapent même dans mon repaire, ils se mettent à la vente en ligne…l’appât est trop ragoûtant pour l'infâme prédateur que je suis devenue, je suis fichue, je suis damnée. Je ne contrôle plus mes doigts sur le clavier, des sueurs froides m’inondent, je tremble, je clique, je valide, je suis ruinée.
Maudit soit le jour où, dans un élan de spontanéité, j’ai poussé la porte du Comptoir des cotonniers.
(Tiens, au fait, si toi aussi tu es tombée dedans, voici le lien:comptoir des cotonniers
Et ils ont aussi un blog: brèves de style)
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